ACTION POUR TOUS
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Mutilation : Le repassage des seins, une atroce pratique pour éviter le viol au Cameroun.
Catherine Gisèle Fouda a passée son enfance à pleurer. Quand à 10 ans, ses seins ont commencé à apparaitre, elle ne se serait jamais imaginée passé une puberté dans le cauchemar. Un calvaire qu’elle allait devoir affronter dans sa vie : le repassage de ses seins. « Mes seins ont poussés avant ceux de mes grandes sœurs… Et ma maman a décidé de les repasser. Elle le faisait deux fois par jour. Le matin et le soir. Et ce, pendant trois semaines. Ca me faisait très mal. Mais, mes cris n’avaient aucun effet et n’empêchaient pas à maman de poursuivre son travail ». Catherine fait parti des quatre millions de femmes au Cameroun qui, depuis leur jeune âge, ont vécu cette pratique ancestrale. L’une des plus brutales du continent africain : une tentative de disparition des seins, l’organe érotique par excellence au Cameroun, avec des pierres, des spatules ou des bâtons chauds. Brutalité qui en plus, se pratique entre femmes de la même famille avec pour objectif unique : éviter les regards obscènes des hommes « qui finissent la plu part du temps par le viol, les grossesses non désirées et la contraction du Sida » selon les adeptes de cette pratique. Oui à la « mutilation féminine » pour éviter les coureurs de jupons.
Je suis à Akono, ville située à une centaine de kilomètres au nord de la capitale du Cameroun, Yaoundé. Cette petite bourgade est au centre d’une pratique aussi vieille qu’atroce qui, en plus s’étend au pays voisins le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Togo, la Guinée Conakry et le Burkina Faso. Dans cette ville chrétienne, tranquille d’apparence, béni par la pluie du climat équatorial, jusqu’à 80% des femmes ont été soumises à une pratique qui consiste à presser avec force, sur les seins un morceau de bois ou une pierre réchauffée afin d’empêcher la poussée de la glande mammaire. Akono est une ville attractive pour son calme. Cette tranquillité trompeuse, cache un taux de Sida de l’ordre de 30% [face au 5,5% national selon le Ministère camerounais de la santé publique]. Ici le maire est une camerounaise d’origine française. Marie-Hélène Ngoa. C’est la première femme blanche européenne à être élu maire au Cameroun. La ville a attiré de nombreux visiteurs dans le passé, avec tous, le désir de rencontrer cette femme de caractère.
Dans mon périple à la recherche des victimes de la pratique du repassage des seins, je fais la connaissance ici, d’une ancienne qui dit être âgée de 82 ans et qui me confie avoir été victime du repassage des seins dans son enfance. Ce qui indique que cette pratique est séculaire.
«A force de repasser mes seins, des abcès et des ampoules ont commencé à sortir », relate Catherine Gisèle Fouda, aujourd’hui âgée de 25 ans, et mère de deux enfants qu’elle n’a pas pu allaiter au lait maternel. Après plusieurs cris et pleures, sa maman s’est rendu compte des conséquences que cette pratique allait avoir sur la jeune dame. « Elle m’a conduit à l’hôpital et là-bas, le médecin lui a prescrit de ne plus le faire. J’avais enfin trouvé quelqu’un qui pouvait convaincre ma maman de ne plus me repasser les seins. Quand j’ai eu mon premier fils à l’âge de 15 ans, j’ai dû l’allaiter avec le lait artificiel parce que de mes seins, il sortait un liquide noirâtre ».
Une torture inutile
Le Cameroun est un pays où adolescence et grossesse vont de paire [selon des sources médicales, 30% des grossesses son non désirées]. Au Cameroun l’éducation sexuelle est inexistante. Or c’est un moyen clé pour mettre fin à la torture dont sont victimes les jeunes filles. « Je crois que ma mère ne comprenait pas que le développement de la poitrine chez moi, alors que je n’étais âgée que de 10 ans, est quelque chose de naturel. Elle pensait que c’était assez précoce, mais, c’est la nature qui l’a voulu ainsi. Au lieu de m’éduquer sexuellement pour éviter des grossesses précoces, ma mère passait son temps à me repasser les seins. Quand je suis tombé enceinte à 15 ans, elle m’a chassé de la maison, et mon copain a disparu de la circulation. Je me suis retrouvée seule et sans moyens », se lamente Catherine. « Aujourd’hui encore les médecins continuent d’extraire des choses dans mes seins ». Ajoute-t-elle d’un air triste.
Une Pierre, une feuille, une spatule, une castagnette, une noix de coco. Chauffé au feu de cuisine, et appliqué sur le sein lorsque c’est encore à près de 90° de chaleur, tout est valable pour faire disparaître la croissance précoce des seins, qui au Cameroun, est considéré comme une malédiction qui peut apporter la misère aux adolescentes.
Dans mon voyage sur la route du repassage des seins, du nord musulman au sud animiste du Cameroun, les mamans me réitèrent qu’elles le font pour « aider » les filles.
«La première fois, ma maman a pris une spatule, l’a réchauffée… ! La douleur était insupportable », commente Nguni Stéphanie, 21 ans.
« Les mamans ne savent pas que c’est une forme de destruction », m’explique Georgette Arrey Taku, présidente de Renata (Réseau des Associations de Tantines du Cameroun), le principal cheval de bataille dans la lutte contre cette pratique au Cameroun, qui en plus a deux autres axes de lutte: contre le repassage du ventre et l’ablation du clitoris. Après plusieurs années, Catherine n’a toujours pas oublier le traumatisme dont elle a fait l’objet et j’ai eu la chair de poule lorsqu’elle s’est mise à pleurer en me racontant son chemin de croix. Lorsqu’elle a enlevé son tee-shirt, a baissé son soutien et m’a montré du doigt une marque noire au dessus du téton (un sein cicatrisé) que lui a laissé le repassage. En plus de cela, elle souffre de fréquentes douleurs, d’infections et d’abcès.
La douleur dont a souffert Nguini Stéphanie Pierrette n’a aussi servi à rien. Victime du repassage des seins dès l’âge de 9 ans, ses seins sont finalement apparus. Aujourd’hui âgée de 23 ans, elle me raconte comment elle subissait cette atroce pratique. « Un jour alors que je venais de renter des classes, ma maman m’a fait appelée. Elle m’a demandé d’enlever mes vêtements. M’a dit que mes seins étaient entrain de pousser rapidement et qu’il fallait le stopper ». Sa maman lui a donnée la raison: elle ne voulait pas que les hommes la voient. « La première fois qu’elle l’a fait, elle a pris une spatule, l’a réchauffée et la pressée sur mes seins. La douleur était insupportable ! Parfois je n’arrivais même plus à pleurer tant la douleur et les pleurs me faisaient mal à la tête ». Avec en tête l’histoire de Catherine Gisèle Fouda et de Nguini Stéphanie, je découvre l’autre face du phénomène: celui des mères supposées protectrices, les exécutrices des coutumes.
Elizabeth Kisob est une des femmes d’Akono qui, chaque matin allume le feu et réchauffe la spatule ou un morceau de bois avec lequel elle va repasser les seins des ses filles. « Vous voulez savoir pourquoi je le fais? », me demande-t-elle avec rhétorique. « Quand j’étais petite, ma maman me l’a fait. De même que toutes les femmes du village le faisaient à leurs filles. Alors c’est normal que moi aussi je le fasse à mes enfants. Je dois pérenniser la tradition ».
Pour avoir plus d’explications, je décide de rencontrer la gynécologue Sinou Tchana Kontchou, une des principales voix contre la pratique. Elle me confie entre autre, que les effets secondaires du repassage des seins sont de sévères douleurs, des infections, des déformations, l’apparition des kystes et même parfois le déséquilibre au niveau de la poitrine de la femme avec un sein plus gros que l’autre.
A Akono, les opinions divergent chez les hommes sur le sujet. « Je crois que c’est bien de repasser les seins des jeunes filles, parce que c’est un moyen de les protéger contre le cancer », pense Mba Elvis, habitant de la localité qui compte 12.000 habitants, et qui ne vit en majorité que d’agriculture. Essomba Edouard quand à lui m’explique que les seins « sont un cadeau de Dieu » et leur suppression est considérée comme « un crime ».
Malheureusement, le code pénal camerounais ne prévoit aucune sanction contre les auteurs de cette pratique. Ainsi personne ne peut être jugé pour avoir repassé les seins d’une mineure. Selon l’anthropologue de l’Agence allemande pour le développement (GIZ), Flavien Ndonko, « l’expérience a montré qu’il est inutile de repasser les seins des jeunes filles sous le prétexte de les protéger des hommes puisqu’après ces seins finissent toujours par sortir ». Le gouvernement Allemand et Renata, ont mis sur pied une campagne de sensibilisation depuis le mois de mai 2010. Il est enseigné aux jeunes camerounaises que « les seins » sont « un don de Dieu » et aux parents qu’il faut les laisser « pousser naturellement ». Catherine est très impliquée dans cette initiative. « Je voudrais à travers cette campagne dénoncer la souffrance dont sont victimes des milliers de jeunes filles à Akono et au Cameroun ». Elle est l’une des rares personnes que j’ai rencontrées et qui dissocie très bien l’attirance des jeunes et la violence sexuelle.
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